La Lettre Ecol'Eau

Eau Environnement Ecologie Economies d'Eau et d'Energies Energies Renouvelables Biogaz Méthanisation Phytoépuration Compostage Toilettes sèches Déchets Smartgrids Economie solidaire Altermondialisme Civilisation nouvelle Eco-construction Chanvre

15 juin 2009

On est bien mieux chez les autres....

       

       
 

 

         

       

(Photo: FAO)

(Photo: FAO)

Le Soleil (Dakar) | 12 juin 2009

Avec la crise alimentaire mondiale que prévoient beaucoup d’organismes spécialisés, la « mode » qui, de plus en plus, fait tache d’huile, ce sont les accords de location ou de vente de terres arables entre sociétés et pays étrangers, d’une part, et des nations africaines, d’autre part. Proposés généralement par les pays riches du Golfe et d’Asie surpeuplés, mais qui n’ont pas suffisamment de terres arables, ces accords visent à produire sur des milliers d’hectares grâce à une grande mécanisation, des vivres ou des biocarburants dans des sortes de super haciendas. Malgré ses immenses terres agricoles, notre continent ne parvient pas encore à nourrir sa population qui explose.

C’est de cette incapacité qu’est née la tentation qui pousse aujourd’hui beaucoup de pays africains à ces accords desquels ils attendent sécurité alimentaire et/ou revenus financiers. Ainsi, récemment, la Rd Congo a annoncé la location de 10 millions d’hectares de terres agraires à des agriculteurs étrangers, le Malawi a accueilli des investisseurs chinois, le Kenya a été approché par le Qatar, alors que la décision de Madagascar d’accorder 1,3 million d’hectares de terres à la société sud-coréenne Daewoo Logistics a pesé lourd dans le conflit qui a abouti au renversement du président Ravalomanana. Mais, l’exemple-type reste le Soudan qui a conclu pour 3,5 milliards de dollars des accords avec l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweït, l’Inde et la Chine.

Cette ruée vers l’or vert en Afrique inquiète la plupart des paysans du continent, car ils ont peur d’être dépossédés de leurs terres pour aller grossir les bataillons des ouvriers agricoles. Ces exploitations agricoles étrangères sont d’abord destinées à alimenter les marchés des pays d’où elles sont originaires (en vivres ou en biocarburants). Cela ne signifie pas donc aucunement, comme le soutiennent certains dirigeants africains, une garantie de sécurité alimentaire, mais pose à coup sûr des litiges fonciers, des risques probables de dégradation de l’environnement et de bouleversement du lien traditionnel des autochtones avec la nature. Les meilleures terres sont souvent celles ciblées par les sociétés étrangères. Ainsi, les producteurs locaux se verront de plus en plus confinés dans les terres moins fertiles et, de ce fait, produiront moins pour le marché local.

Il est important que l’Afrique produise suffisamment de vivres pour nourrir sa population, car c’est une des conditions de son développement. Mais il l’est autant pour que les intérêts des producteurs et des pays africains soient protégés lors de la conclusion de tels accords qui doivent être du gagnant-gagnant, sinon ils apparaîtront comme une nouvelle forme de colonialisme. Ils peuvent avoir, il est vrai, un effet d’entraînement dans la modernisation de l’agriculture des pays concernés. On pense notamment à une plus grande sécurité alimentaire, à l’augmentation des réseaux d’irrigation et à la construction de pistes de production en milieu rural. Mais, étant donné le déficit démocratique qui existe sur le continent, cette cession de terres peut être dangereuse si elle n’est pas effectuée dans la transparence.

En effet, vu les pratiques mafieuses auxquelles se livrent certains dirigeants africains quand ils traitent avec l’étranger des intérêts de leur pays, il est à craindre que ces accords cachent un véritable bradage au profit de quelques privés qui en tirent comme d’habitude des dessous de table sans se soucier des conséquences qui en résulteront. Et si ces accords sont sous forme de bail emphytéotique (durée de 99 ans), il n’est pas exclu que sans le contrôle et le respect de certaines règles comme indiqué plus haut, des pays peuvent se retrouver à cause de dirigeants véreux, avec des enclaves étrangères sur lesquelles ils n’auront aucune maîtrise. Il n’est même pas exclu, surtout concernant la Rdc, qu’on s’y livre à une exploitation frauduleuse de minerais. Ce sera alors un nouveau partage de l’Afrique en plein 21e siècle.

Par Ibrahima MBODJ

après un autre du journal Le Monde :

Les terres agricoles, de plus en plus convoitées

LE MONDE | Sécurité alimentaire (1/5) | 14.04.09 | Article paru dans l'édition du 15.04.09

Cet article est le premier d'une série sur la ruée vers les terres arables, qui a amené Le Monde à enquêter au Mali, aux Maldives, en Arabie saoudite et au Kazakhstan.

Pas un jour sans que de nouveaux hectares ne soient cédés. Les petites annonces de terres agricoles à vendre passent maintenant dans la presse financière internationale. Et les clients ne manquent pas. "Fin 2008, constate Jean-Yves Carfantan, auteur du Choc alimentaire mondial, ce qui nous attend demain (Albin Michel, 2009), cinq pays se distinguaient par l'importance de leurs acquisitions de terres arables à l'étranger : la Chine, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, le Japon et l'Arabie saoudite. Ensemble, ils disposent aujourd'hui de plus de 7,6 millions d'hectares à cultiver hors territoire national, soit l'équivalent de 5,6 fois la surface agricole utile de la Belgique." Le phénomène d'accaparement des terres n'est certes pas nouveau, remontant aux premières colonisations. Mais, de l'avis de nombreux observateurs, économistes et ONG, il s'accélère.

La flambée des cours des matières agricoles de 2007 et 2008, à l'instar de ce qui s'était passé lors de celle des années 1970, a décidé beaucoup d'investisseurs privés à se tourner vers le foncier. La chute des prix ne les a pas fait fuir. Comme le note Grain - une ONG internationale qui cherche à promouvoir la biodiversité agricole -, dans un rapport publié en octobre 2008 et intitulé "Main basse sur les terres agricoles", "avec la débâcle financière actuelle, toutes sortes d'acteurs de la finance et de l'agroalimentaire - fonds de retraite, fonds spéculatifs, etc. - ont abandonné les marchés dérivés, et considèrent que les terres agricoles sont devenues un nouvel actif stratégique".

Ils ne sont pas les seuls. De nombreux Etats font la même analyse, pas pour trouver des sources de plus-values, mais pour des raisons de sécurité alimentaire. "Le but est clairement de parer aux conséquences d'une stagnation de leur production intérieure provoquée, entre autres, par une urbanisation galopante et la diminution des ressources en eau", explique M. Carfantan. Les terres arables se font de plus en plus rares au Proche-Orient, par exemple. Les monarchies pétrolières investissent donc depuis trois ans dans la création d'annexes extraterritoriales. Le Qatar dispose de terres en Indonésie ; Bahreïn aux Philippines ; le Koweït en Birmanie, etc.

"DÉLOCALISATION AGRICOLE"

Rien d'étonnant à ce que le gouvernement chinois ait, de son côté, fait de la politique d'acquisition de terres agricoles à l'étranger l'une de ses priorités : le pays représente 40 % de la population active agricole mondiale mais ne possède que 9 % des terres arables du globe, rappelle M. Carfantan. Quant au Japon et à la Corée du Sud, ils importent déjà 60 % de leur alimentation de l'étranger.

La prospection des responsables politiques des pays du Sud s'intensifie. Fin 2008, Mouammar Kadhafi, le chef de l'Etat libyen, est venu en Ukraine pour proposer d'échanger du pétrole et du gaz contre des terres fertiles (en location). L'affaire serait en passe d'être conclue. Jeudi 16 avril, c'est une délégation jordanienne qui se rendra au Soudan pour renforcer un peu plus sa présence agricole initiée depuis dix ans déjà. Mais le mouvement concerne aussi l'Europe. Selon l'hebdomadaire La France agricole, 15 % de la surface totale de la Roumanie, soit plus de 15 millions d'hectares, seraient entre les mains de propriétaires originaires d'autres pays européens.

Cette stratégie de "délocalisation agricole" n'est pas sans conséquences. Quid des populations locales directement menacées par cette marchandisation de la terre dont elles vivent ? La planète compte aujourd'hui 2,8 milliards de paysans (sur une population totale de 6,7 milliards d'habitants) et les trois quarts des gens qui ont faim habitent dans les campagnes. Les cadastres sont souvent inexistants. Comment se fait et se fera l'indemnisation de ceux qui exploitent et vivent de la terre s'ils n'ont pas de titres de propriété ?

"Les organisations de producteurs nous alertent de plus en plus sur la question de la concentration du foncier et sur les conflits entre les petits paysans et l'agrobusiness qui exploite pour exporter", explique Benjamin Peyrot des Gachons, de l'ONG Peuples solidaires qui a choisi d'organiser un Forum international sur l'accès à la terre (à Montreuil, les 18 et 19 avril) pour célébrer la Journée mondiale des luttes paysannes du 17 avril. Des agriculteurs d'Inde, d'Equateur, du Brésil, du Burkina Faso et des Philippines viendront témoigner.

L'ONG milite pour le développement du droit d'usage - les terres restant à l'Etat -, et non pour celui du droit de propriété, qui a la faveur de la Banque mondiale. Si l'attribution de titres de propriété peut permettre de faire coexister agriculture familiale et présence d'investisseurs étrangers, Peuples solidaires "estime que les paysans n'auront pas les moyens d'acquérir des terres". Et même si on leur en attribue, "ils seront vite contraints à vendre en cas de difficultés". Selon l'ONG, le droit de propriété privilégierait donc les gros exploitants, étrangers ou non.

Autre difficulté provoquée par cette course aux terres arables : la cohabitation entre pays investisseurs et la population locale. "Regardez ce qui s'est passé à Madagascar après l'annonce de la location de 1,3 million d'hectares au groupe sud-coréen Daewoo, reprend M. Carfantan. Ce fut l'explosion. Je crois que les tensions seront inévitables où que ce soit, faisant des enclaves agricoles étrangères de véritables forteresses assiégées." A moins, analyse-t-il, que partage des récoltes et transfert de technologies soient organisés, afin de tabler sur le long terme.

Prochain volet : le Mali.

Marie-Béatrice Baudet et Laetitia Clavreul

A lire sur : http://farmlandgrab.org


Posté par Ecol_Eau à 18:17 - Agriculture ou industrie agro-alimentaire ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=516241&pid=14090131

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :