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Source:http://blog.mondediplo.net/2009-01-10-Liberer-les-Palestiniens-des-mensonges-de-Bernard
samedi 10 janvier 2009
BHL: « N’étant pas un expert militaire, je m’abstiendrai de juger
si les bombardements israéliens sur Gaza auraient pu être mieux ciblés,
moins intenses. »
AG: Etrange argument. Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste
militaire pour savoir si des actions violent ou non le droit
international : un philosophe pourrait faire l’affaire... Car les
déclarations confirmant ce viol sont multiples.
BHL: « N’ayant, depuis des décennies, jamais pu me résoudre à
distinguer entre bons et mauvais morts ou, comme disait Camus, entre
“victimes suspectes” et “bourreaux privilégiés”, je suis évidemment
bouleversé, moi aussi, par les images d’enfants palestiniens tués. »
« Cela étant dit, et compte tenu du vent de folie qui semble, une
fois de plus, comme toujours quand il s’agit d’Israël, s’emparer de
certains médias, je voudrais rappeler quelques faits. »
AG: Bien sûr, personne, ne peut accepter la mort d’un enfant, où
qu’il soit, mais admirez le « cela étant dit »... qui laisse supposer
que cette mort s’explique par le contexte.
BHL:« 1. Aucun gouvernement au monde, aucun autre pays que cet
Israël vilipendé, traîné dans la boue, diabolisé, ne tolérerait de voir
des milliers d’obus tomber, pendant des années, sur ses villes : le
plus remarquable dans l’affaire, le vrai sujet d’étonnement, ce n’est
pas la “brutalité” d’Israël — c’est, à la lettre, sa longue retenue. »
AG: Il suffit de comparer le nombre de morts palestiniens et
israéliens (avant les combats actuels) pour mesurer la « longue retenue
». En réalité, les bombardements sur Gaza n’ont jamais cessé, sinon
pendant le cessez-le-feu signé le 19 juin 2008. Et que dire de la «
longue retenue » des Palestiniens qui vivent sous occupation depuis 40
ans... Car, il faut le rappeler, l’origine de la résistance ce n’est ni
le Fatah, ni l’OLP ni le Hamas, mais l’occupation, qui suscite toujours
la résistance.
BHL: « 2. Le fait que les Qassam du Hamas et, maintenant, ses
missiles Grad aient fait si peu de morts ne prouve pas qu’ils soient
artisanaux, inoffensifs, etc., mais que les Israéliens se protègent,
qu’ils vivent terrés dans les caves de leurs immeubles, aux abris : une
existence de cauchemar, en sursis, au son des sirènes et des explosions
— je suis allé à Sdérot, je sais. »
AG: Bernard-Henri Lévy est allé à Sdérot (alors qu’en Géorgie, il a
pu écrire des affabulations sur des lieux où il ne s’était jamais
rendu), on n’en doute pas. Mais est-il jamais allé à Gaza ? A-t-il vu
dans quelles conditions vivent les Palestiniens, depuis des dizaines
d’années ? Interviewée par la télévision, une habitante de Gaza, à qui
l’on demandait si elle rendait le Hamas responsable de ce qu’elle
subissait, répondait en substance : il y avait des bombardements avant
l’arrivée du Hamas et il y en aura après ; tout cela n’est que
prétexte.
BHL: « 3. Le fait que les obus israéliens fassent, à l’inverse,
tant de victimes ne signifie pas, comme le braillaient les manifestants
de ce week-end, qu’Israël se livre à un “massacre” délibéré, mais que
les dirigeants de Gaza ont choisi l’attitude inverse et exposent leurs
populations : vieille tactique du “bouclier humain” qui fait que le
Hamas, comme le Hezbollah il y a deux ans, installe ses centres de
commandement, ses stocks d’armes, ses bunkers, dans les sous-sols
d’immeubles, d’hôpitaux, d’écoles, de mosquées-efficace mais répugnant.
»
AG: Ce qui est répugnant, c’est la disproportion des forces. Comme
le dit le philosophe (un vrai, celui-là) Michael Walzer, que j’ai déjà
cité, « le tir au pigeon n’est pas un combat entre combattants. Lorsque
le monde se trouve irrémédiablement divisé entre ceux qui lancent les
bombes et ceux qui les reçoivent, la situation devient moralement
problématique ».
Quant au fait que les combattants du Hamas se terrent dans les
écoles ou les mosquées, il s’agit souvent de pure propagande, comme le
prouve l’exemple de l’école de l’Unrwa bombardée par l’armée
israélienne. Chaque fois que des observateurs neutres ont pu se rendre
sur place, ils ont constaté que les allégations israéliennes étaient
mensongères. On comprend que le gouvernement israélien refuse l’entrée
du territoire aux journalistes étrangers.
D’autre part, rappelons que Gaza est un tout petit territoire, avec
la plus forte densité de population au monde. Où sont censés
s’installer les combattants ? Doivent-ils aller au-devant des troupes
israéliennes pour servir de cible ? Qui pourrait reprocher aux insurgés
parisiens de 1848 ou de 1870 d’avoir construit des barricades dans les
rues de la capitale ? Et je rajoute, comme le fait dans un magnifique
texte daté du 10 janvier, le militant pacifiste israélien Uri Avnery, «
How many divisions? »
BHL:« Il y a soixante-dix ans, durant la seconde guerre mondiale,
un crime haineux a été commis dans la ville de Leningrad. Durant plus
d’un millier de jours, un gang d’extrémistes appelé "l’armée rouge" a
tenu en otage des millions d’habitants de la ville, et provoqué des
représailles de la Wehrmacht allemand en se cachant au milieu de la
population. Les Allemands n’avaient pas d’autre choix que de bombarder
la population et d’imposer un blocus total provoquant la mort de
centaines de milliers de personnes. »
« 4. Entre l’attitude des uns et celle des autres il y a, quoi
qu’il en soit, une différence capitale et que n’ont pas le droit
d’ignorer ceux qui veulent se faire une idée juste, et de la tragédie,
et des moyens d’y mettre fin : les Palestiniens tirent sur des villes,
autrement dit sur des civils (ce qui, en droit international, s’appelle
un “crime de guerre”) ; les Israéliens ciblent des objectifs militaires
et font, sans les viser, de terribles dégâts civils (ce qui, dans la
langue de la guerre, porte un nom — “dommage collatéral” — qui, même
s’il est hideux, renvoie à une vraie dissymétrie stratégique et
morale). »
AG: Dissymétrie stratégique ? Incontestablement. Un dirigeant du
FLN algérien Larbi Ben M’hidi, arrêté durant la bataille d’Alger en
1957 (puis assassiné), et à qui des journalistes français reprochaient
d’avoir posé des bombes dans des cafés, répondait : « Donnez-moi vos
Mystère, je vous donnerai mes bombes ». Si placer des bombes dans un
café est condamnable, que faut-il dire des bombes larguées d’un avion
sur des populations civiles ?
Dissymétrie morale ? Les punitions collectives infligées depuis des
années à Gaza sont, selon Richard Falk, envoyé des Nations unies dans
les territoires palestiniens, « un crime contre l’humanité ». Que dire
alors de ce qui se passe depuis...
Parlant de ses négociations avec le gouvernement sud-africain et de
ses demandes d’arrêter la violence, Nelson Mandela écrit : « Je
répondais que l’Etat était responsable de la violence et que c’est
toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la
lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas
d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce
n’était qu’une forme de légitime défense. » (Nelson Mandela, Un long
chemin vers la liberté, Livre de Poche, p. 647)
BHL: « 5. Puisqu’il faut mettre les points sur les i, on rappellera
encore un fait dont la presse française s’est étrangement peu fait
l’écho et dont je ne connais pourtant aucun précédent, dans aucune
autre guerre, de la part d’aucune autre armée : les unités de Tsahal
ont, pendant l’offensive aérienne, systématiquement téléphoné (la
presse anglo-saxonne parle de 100 000 appels) aux Gazaouis vivant aux
abords d’une cible militaire pour les inviter à évacuer les lieux ; que
cela ne change rien au désespoir des familles, aux vies brisées, au
carnage, c’est évident ; mais que les choses se passent ainsi n’est
pas, pour autant, un détail totalement privé de sens. »
AG: Ce que notre « philosophe » oublie, c’est qu’Israël, qui
appelle les gens à quitter leur maison, ne les laisse pas vraiment
aller ailleurs. Le Haut-commissaire pour les réfugiés remarquait que
c’était le seul conflit du monde où on interdisait aux populations
civiles de quitter leur territoire. Et ceux qui se réfugient dans des
lieux soi-disant sûrs sont victimes des bombardements, comme les 40
civils tués dans une école de l’Unrwa. On peut noter que, selon Chris
Gunness, le porte-parole de l’Unrwa, l’armée israélienne a reconnu
qu’aucun tir n’était venu de cette école.
Un indice, parmi tant d’autres, du comportement de l’armée
israélienne est donné par le CICR, qui fait, en général, preuve d’une
grande réserve.
« Dans l’après-midi du 7 janvier, quatre ambulances du
Croissant-Rouge palestinien et le Comité international de la
Croix-Rouge (CICR) ont réussi à obtenir pour la première fois l’accès à
plusieurs maisons touchées par les bombardements israéliens dans le
quartier de Zeitoun, à Gaza. »
« Le CICR avait demandé depuis le 3 janvier que les ambulances
puissent accéder à ce quartier en toute sécurité, mais il n’a obtenu
l’autorisation des Forces de défense israéliennes que l’après-midi du 7
janvier.Dans une des maisons, l’équipe du CICR et du Croissant-Rouge
palestinien a découvert quatre petits enfants à côté de leurs mères
respectives, mortes. Ils étaient trop faibles pour se lever tout seuls.
Un homme a également été trouvé en vie, trop faible pour se mettre
debout. Au total, au moins 12 corps gisaient sur des matelas. »
« Dans une autre maison, l’équipe de secours du CICR et du
Croissant-Rouge palestinien a découvert 15 survivants de l’attaque,
dont plusieurs blessés. Dans une troisième maison, l’équipe a trouvé
trois autres corps. Des soldats israéliens occupant un poste militaire
à 80 mètres de cette maison ont ordonné à l’équipe de secours de
quitter la zone, ce qu’elle a refusé de faire. Plusieurs autres postes
des Forces de défense israéliennes se trouvaient à proximité, ainsi que
deux tanks. »
« “Cet incident est choquant, a déclaré Pierre Wettach, chef de la
délégation du CICR pour Israël et les territoires palestiniens occupés.
Les militaires israéliens devaient être au courant de la situation,
mais ils n’ont pas porté secours aux blessés. Ils n’ont pas non plus
fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge palestinien puissent
leur venir en aide.” »
(...)
« Le CICR a été informé que davantage de blessés avaient trouvé
refuge dans d’autres maisons détruites du quartier. Il demande à
l’armée israélienne de lui permettre immédiatement, ainsi qu’aux
ambulances du Croissant-Rouge palestinien, d’accéder en toute sécurité
à ces maisons et de chercher d’autres blessés. Les autorités
israéliennes n’ont toujours pas confirmé au CICR qu’elles lui
autoriseraient l’accès. »
« Le CICR estime que dans le cas présent, l’armée israélienne n’a
pas respecté son obligation de prendre en charge les blessés et de les
évacuer, comme le prescrit le droit international humanitaire. Il juge
inacceptable le retard avec lequel l’accès a été donné aux services de
secours. »
On pourra aussi regarder le témoignage bouleversant d’un médecin
norvégien, Mads Gilbert, pris sous les bombes. Lire aussi le décryptage
en français : « C’est une guerre totale contre la population civile
palestinienne ».
BHL: « 6. Et quant au fameux blocus intégral, enfin, imposé à un
peuple affamé, manquant de tout et précipité dans une crise humanitaire
sans précédent (sic), ce n’est, là non plus, factuellement pas exact :
les convois humanitaires n’ont jamais cessé de passer, jusqu’au début
de l’offensive terrestre, au point de passage Kerem Shalom ; pour la
seule journée du 2 janvier, ce sont 90 camions de vivres et de
médicaments qui ont pu, selon le New York Times, entrer dans le
territoire ; et je n’évoque que pour mémoire (car cela va sans
dire-encore que, à lire et écouter certains, cela aille peut-être mieux
en le disant...) le fait que les hôpitaux israéliens continuent, à
l’heure où j’écris, de recevoir et de soigner, tous les jours, des
blessés palestiniens. »
AG: Ce qui est difficile, quand on est philosophe, c’est de se
renseigner et de descendre du ciel abstrait des idées pour s’intéresser
au concret. Le nombre de camions qu’il indique est absolument dérisoire
quand on connaît les besoins de Gaza. Normalement, il transite 500
camions par jour pour nourrir la population ; le blocus israélien ayant
commencé dès le 5 novembre (après qu’Israël eut rompu la trêve en
intervenant directement à Gaza), il n’est passé que 23 camions au cours
du mois de novembre. Et ce blocus s’est intensifié avant les combats :
la population était affamée et les hôpitaux sous-équipés. Que quelques
dizaines de camions aient pu passer après, grâce à quelques
déclarations fortes des Nations unies, ne change pas la situation.
BHL: « Très vite, espérons-le, les combats cesseront. Et très vite,
espérons-le aussi, les commentateurs reprendront leurs esprits. Ils
découvriront, ce jour-là, qu’Israël a commis bien des erreurs au fil
des années (occasions manquées, long déni de la revendication nationale
palestinienne, unilatéralisme), mais que les pires ennemis des
Palestiniens sont ces dirigeants extrémistes qui n’ont jamais voulu de
la paix, jamais voulu d’un Etat et n’ont jamais conçu d’autre état pour
leur peuple que celui d’instrument et d’otage (sinistre image de Khaled
Mechaal qui, le samedi 27 décembre, alors que se précisait l’imminence
de la riposte israélienne tant désirée, ne savait qu’exhorter sa
“nation” à “offrir le sang d’autres martyrs” — et ce depuis son
confortable exil, sa planque, de Damas...). »
AG: Rappelons, encore une fois, que c’est l’armée israélienne qui,
dans la nuit du 4 au 5 novembre, a violé le cessez-le-feu par une
incursion qui a provoqué la mort de quatre Palestiniens. Et que,
d’autre part, Israël n’a jamais respecté une des clauses de l’accord
qui était l’ouverture des points de passage entre Israël et Gaza,
contribuant ainsi à affamer la population.
Mais, surtout, qu’est-ce qui empêche la signature de la paix ?
Rappelons que, pendant plusieurs années, les dirigeants israéliens ont
affirmé que le seul obstacle à un accord était Yasser Arafat. Après sa
mort, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a été élu. Il a été salué en Israël,
aux Etats-Unis et en Europe comme un dirigeant modéré. Cela fait quatre
ans qu’il est président, cela fait quatre ans qu’il négocie au nom de
l’Autorité palestinienne avec le gouvernement israélien. Le Hamas
n’était pas partie prenante de ces négociations, et pourtant elles ont
échoué, parce qu’Israël refuse l’application des résolutions des
Nations unies, le retrait des territoires occupés en 1967. Tous les
Etats arabes ont accepté l’initiative de paix du roi Abdallah proposant
l’échange de la paix contre les territoires, et Israël a encore
refusé...
BHL: « Aujourd’hui, de deux choses l’une. Ou bien les Frères
musulmans de Gaza rétablissent la trêve qu’ils ont rompue et, dans la
foulée, déclarent caduque une charte fondée sur le pur refus de
l’“entité sioniste” : ils rejoindront ce vaste parti du compromis qui
ne cesse, Dieu soit loué, de progresser dans la région-et la paix se
fera. Ou bien ils s’obstinent à ne voir dans la souffrance des leurs
qu’un bon carburant pour leurs passions recuites, leur haine folle,
nihiliste, sans mots-et c’est non seulement Israël, mais les
Palestiniens, qu’il faudra libérer de la sombre emprise du Hamas. »
AG: Comment faut-il les libérer ? Rappelons que la majorité des
Palestiniens a voté pour le Hamas dans des élections libres suscitées
par les Etats-Unis et l’Union européenne. Ils ont voté pour protester
contre l’incurie de l’OLP et contre l’échec du processus d’Oslo que le
Fatah avait prôné. Au nom de « nos valeurs », nous avons refusé le
verdict des urnes... Le peuple vote mal, changeons-le. Ou plutôt,
imposons-lui une bonne dictature ou une bonne occupation qui le
civilisera. C’était le raisonnement des Soviétiques quand ils sont
intervenus en Afghanistan en décembre 1979, et que Georges Marchais
évoquait « le droit de cuissage ». Faut-il s’étonner que Philippe Val,
dans son éditorial de Charlie Hebdo, « Gaza : la colombe, le faucon et
le vrai con », évoque cette invasion : « Les Soviétiques eux-mêmes, en
1979, avaient senti le danger (l’islamisme), et, à tort ou à raison
(sic), avaient envahi l’Afghanistan. » Voici revenu le temps du
colonialisme : nous allons civiliser tous ces indigènes qui acceptent
le droit de cuissage, la polygamie, le voile, etc., et les libérer de
la sombre emprise des intégristes.
A lire sur le blog de Michel Collon : michelcollon.info/article.php
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